Archive | mars, 2013

A quoi sert l’art?

18 Mar

L’article qui suit a été publié dans le Magazine des Arts n°1, bimestriel de janvier – février 2012. Il répondait à la question posée à plusieurs artistes de disciplines diverses : A quoi sert l’art ?

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 La question de savoir si l’art est utile ou inutile – outre son côté « sujet du bac » gentiment provocateur et pensum – peut appeler une réponse très simple si on fait sien le constat de Deleuze : « il n’y a pas de questions stupides mais des réponses stupides ».

 Pour le compositeur que je suis cette interrogation est à mon sens inévitablement liée à d’autres : quelle est la place de l’artiste dans la société, la place du travail de création et enfin, à quoi correspond ce travail pour un auteur?

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 Pour véritablement créer, il faut être non formaliste, ce qui n’exclut pas un formalisme de façade, c’est-à-dire social.

 Créer est un acte de liberté où l’individu affirme sa singularité quitte à la négocier avec la solitude.

 « Créer est un acte gratuit, superficiel, inutile, et du coup on a envie de le faire à la perfection ».

 L’artiste a toujours été un rempart contre le barbarisme, la régression et la bêtise.

 Etre artiste ? C’est être « révolté » c’est-à-dire ne pas accepter les choses telles qu’elles sont : on fabrique, on pense l’avenir, le monde tel qu’on voudrait qu’il soit demain.

 C’est notre imaginaire qui rend la vie légère, supportable…il faut faire en sorte de ménager ceux qui ont la capacité de rêver, et multiplier les lieux et conditions de partage des imaginaires.

 Créer, c’est montrer que la beauté et la sensibilité sont le rempart à la routine quotidienne dénuée d’humanisme, de révolte et d’inattendu.

 L’art semble inutile car fait par des doux dingues, des rêveurs, des fêlés, des « pas rentables », des solitaires, des « trop libres », des marginaux, des anormaux…mais à bien réfléchir, qui rentre dans la catégorie normale?

 Et pourtant, « notre besoin de consolation – même s’il est impossible à rassasier – » n’en est pas pour autant indispensable.

 La création, ce retour constant sur soi même et sur notre sensibilité – outre qu’elle constitue une formidable manière de se connaître (mais le peut-on jamais ?) -, est aussi ce qui nous donne le sentiment de notre propre continuité, et donne de la profondeur à notre vie et nos actes : c’est un but à l’existence qui en vaut bien un autre.

 Plus que séduire, le pouvoir d’une œuvre d’étonner et déranger est la condition de l’art : il n’y a rien à comprendre mais à se laisser surprendre, encore faut-il le vouloir et admettre qu’il en va de la survie de l’espèce !

 Et puis, une œuvre peut donner l’envie de courir « le risque du bonheur », le désir d’un peu plus de culture et se poser des questions qui bouleversent une vie : ça me parle…de quoi, de qui, comment… ? Pourquoi ça me trouble, et me « navre », et  me console et m’enchante…?

 Ces raisons parmi d’autres font que la Culture, novatrice par essence, est interdite par les fachos de tous bords…ou les biens pensants traditionalistes et leurs « valeurs sûres » porteuses de déclin et de mort.